Kilos émotionnels : votre poids est-il une stratégie de protection ?

Les personnes qui consultent pour un problème de surpoids connaissent bien souvent tous les principes d’une alimentation équilibrée. Elles ont par ailleurs essayé de multiples régimes et ont usé leurs semelles autant que leur moral sur les tapis des salles de sport… Les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous et les kilos difficilement perdus reviennent après chaque tentative. Peu à peu, elles perdent espoir et s’enfoncent dans un cycle infernal de démotivation, de mésestime et de dévalorisation. Lorsque le poids devient une lutte permanente, il est utile de s’interroger sur ce qu’il raconte de votre histoire. Car il ne dépend pas que de la maîtrise de votre assiette, il est parfois le symptôme d’un fardeau émotionnel ou traumatique, voire même une stratégie de protection. Comprendre cette approche ouvre les portes d’une perte de poids durable et en douceur

Pourquoi parle-t-on de kilos émotionnels ?

Ces kilos ne sont pas dus qu’aux excès alimentaires, mais s’installent lorsque la nourriture répond à un besoin émotionnel plutôt qu’à la faim physiologique.

De nombreuses émotions peuvent pousser le cerveau à “se nourrir”, à chercher un apaisement immédiat dans la nourriture : stress, solitude, anxiété, colère, ennui, tristesse, fatigue… 

Il ne s’agit pas d’un manque de volonté, mais d’un mécanisme humain, car depuis le berceau, manger est associé à des notions de sécurité, de réconfort et de lien. 

Le bébé est nourri lorsqu’il pleure, il est cajolé, pris dans les bras. Dès lors, le cerveau associe nourriture, affection et apaisement.

Cette association peut rester très présente à l’âge adulte. Quoi de plus normal alors qu’après une journée difficile, un conflit ou une déception, l’inconscient se souvienne que manger lui procure un soulagement rapide ? 

Ce comportement n’est pas une faiblesse, mais ce que l’on appelle une stratégie de régulation émotionnelle.

Par ailleurs, après un traumatisme ou un stress chronique, le système nerveux peut rester en état d’alerte permanent. Il cherche alors des moyens pour retrouver un sentiment de sécurité. Pour certaines personnes, la nourriture devient l’une de ces stratégies d’apaisement. Ce n’est donc pas seulement une question de volonté, mais aussi de fonctionnement neurobiologique.

Pourquoi manger apaise le cerveau ?

La faim est un besoin physiologique fondamental dans la pyramide de Maslow, le premier maillon de la survie. Pour vivre, il est nécessaire de manger et de boire, au même titre que de respirer et de dormir. 

Lorsque nous mangeons, notamment des aliments riches en sucre ou en gras, plusieurs mécanismes biologiques s’activent.

Le cerveau libère de la dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans le système de récompense et de motivation. Cette substance procure une sensation de plaisir immédiat, elle influe sur le bonheur via l’énergie et la motivation d’agir pour obtenir un bénéfice. 

Certains aliments favorisent, eux, la production de sérotonine, impliquée dans la régulation de l’humeur : pendant quelques instants, l’anxiété diminue, tout comme la tristesse. 

Mais ces effets ne sont que temporaires, et quand l’émotion ressurgit, le besoin de sécurité se fait à nouveau ressentir.  

Le cercle vicieux qui s’installe ressemble à celui de l’addiction : l’émotion forte apparaît, manger soulage momentanément la tension, la culpabilité (ou la honte) arrive et génère à son tour un besoin de manger… 

Au fil des mois et des années, ce cycle devient un automatisme et les kilos s’installent…

Le poids, la carapace inconsciente

Les kilos émotionnels peuvent être aussi le mécanisme de protection inconscient des personnes ayant vécu un traumatisme, des violences physiques ou sexuelles, du harcèlement… 

Pour le cerveau, dont la mission première est de nous maintenir en vie, le poids peut être un moyen de modifier l’image corporelle, surtout s’il associe le danger à l’attractivité physique. C’est pourquoi certaines personnes disent avoir l’impression de se cacher derrière leurs kilos : elles se sentent moins vulnérables. 

Cette armure est une stratégie de défense et d’adaptation psychologique. 

Pourtant, si le corps parle parfois à la place des mots, toutes les prises de poids ne sont pas liées à un traumatisme.

D’autres causes peuvent être mises en évidence : 

  • facteurs hormonaux, génétiques, médicaux
  • habitudes de vie
  • manque de sommeil
  • stress chronique

Les troubles du comportement alimentaire

Les troubles du comportement alimentaire (TCA) englobent différentes compulsions alimentaires comme l’hyperphagie, le grignotage émotionnel ou la boulimie

Bien trop souvent associés à un manque de discipline ou de volonté, ces comportements remplissent une fonction : 

  • éviter de ressentir certaines émotions, 
  • apaiser un stress intense, 
  • calmer une anxiété chronique, 
  • retrouver une sensation de contrôle, 
  • combler un vide affectif,
  • atténuer les souvenirs douloureux…

Comprendre ce mécanisme permet déjà de diminuer l’intensité de la culpabilité : la personne ne lutte plus contre elle-même, mais perçoit ce que son cerveau cherche à protéger.

La raison de l’échec des privations alimentaires 

Un régime agit sur le comportement alimentaire, pas sur les raisons de ce comportement. C’est pourquoi ils aboutissent généralement à une reprise du poids à plus ou moins long terme. 

Si la nourriture est devenue pour le cerveau une façon d’apaiser une souffrance émotionnelle, lui retirer le laisse sans solution. 

Peu à peu la frustration augmente et, tôt ou tard, il revient à ce qui le satisfait.

Un contrôle alimentaire strict, sans action sur ce qui est sous-jacent, finit en période de compulsions irrépressibles.

Si la cause est émotionnelle ou traumatique, se restreindre ne sert à rien. Il faut reconstruire un rapport à soi apaisé avant de pouvoir perdre du poids. 

Vos kilos ne sont peut-être pas vos ennemis !

Savoir que le corps et l’esprit s’allient pour nous protéger est désormais une idée reconnue. Cette alliance fait de son mieux avec les moyens à sa disposition.  

Le surpoids n’est pas forcément un ennemi.

Comprendre sa raison d’être et la blessure qui en est la cause permet d’enclencher des changements plus profonds et une perte de poids durable. 

Plutôt que de se demander pourquoi on n’arrive pas à maigrir, il vaut mieux s’interroger en ces termes : de quoi le cerveau essaie-t-il de nous protéger ?

En effet, c’est souvent à partir de cette simple question que commence la transformation, faite avant tout de compréhension, de douceur et de réconciliation avec soi-même.

L’accompagnement thérapeutique pour changer de regard

Lorsque la perte de poids est une lutte permanente, il convient d’analyser ce que cela signifie. Un praticien spécifiquement formé décrypte avec vous la cause de ce dysfonctionnement. 

Il n’y a pas de méthode universelle, mais une combinaison de différentes approches pour une adaptation sur mesure à votre histoire et à votre personnalité. 

La première étape est de comprendre ce qui se passe émotionnellement, car le déclencheur est toujours la racine du comportement alimentaire. 

Si la cause est traumatique, ce professionnel peut employer l’EMDR, la thérapie par le mouvement des yeux, pour apaiser votre souffrance. 

Il dispose souvent d’autres outils thérapeutiques comme l’hypnose pour faire émerger des ressources personnelles et modifier le regard sur soi ou les automatismes

Lorsque le message de l’inconscient est compris, le besoin de s’anesthésier avec la nourriture baisse naturellement : le cerveau abandonne ses anciennes stratégies de protection.  

Les compulsions diminuent progressivement. 

La faim devient l’unique raison de manger. 

Le besoin de se réfugier dans la nourriture s’apaise, laissant place à une relation plus sereine avec son corps et son alimentation.

Retrouver un poids d’équilibre ne consiste pas toujours à manger moins ou à faire davantage d’efforts. Cela commence souvent par un questionnement pour comprendre ce que le corps cherche à exprimer. Si les kilos sont liés au passé, ils ne sont pas le problème, mais une réponse logique que le cerveau a mise en place pour protéger. Travailler sur les causes profondes plutôt que sur le seul symptôme rend possible la sortie du cercle infernal des régimes et de la culpabilité. Lorsque l’esprit est apaisé, le corps n’a plus besoin de porter ce poids. Il peut enfin relâcher ce qu’il protégeait depuis parfois de longues années.