Amnésie traumatique : symptômes et résilience
Anxiété, troubles du sommeil, mal-être diffus, douleurs chroniques, voici des signes possiblement évocateurs d’une amnésie traumatique dissociative. Ce mécanisme de protection psychologique est fréquent chez les personnes ayant vécu un traumatisme intense. Le cerveau met de côté le souvenir de l’événement, mais la charge émotionnelle reste bel et bien là. Elle se manifeste des mois, des années, parfois même quelques décennies plus tard et demande à être soulagée. Il est primordial de savoir identifier ce syndrome pour apporter un accompagnement thérapeutique efficace, durable, mais surtout salvateur pour qui en est victime.
Caractéristiques et causes de l’amnésie traumatique
Cette incapacité à se rappeler de tout ou partie d’un événement grave est aussi appelée amnésie traumatique dissociative. Elle ne peut être confondue avec le simple oubli. Les informations sont comme mises sous cloche par la mémoire autobiographique.
Cependant, bien que les données soient inaccessibles à la conscience, elles influencent le comportement de la personne.
Ce phénomène survient lorsque le cerveau est confronté à un choc, une angoisse, dépassant ses capacités d’adaptation. La victime n’en sort pas indemne psychologiquement, le plus souvent parce qu’elle a ressenti un danger, une peur viscérale, un sentiment d’impuissance ou de profonde culpabilité.
C’est généralement le cas lorsqu’elle a assisté ou a subi des faits violents ou traumatisants : agression, maltraitance, sévices sexuels, inceste, viol, catastrophe naturelle, attentats, accident grave, mort brutale d’une personne aimée, situation d’urgence vitale…
Dans de tels cas, le cerveau déclenche un mode on/off, géré par une glande appelée amygdale cérébrale. Celle-ci filtre chaque information perçue dans notre environnement afin de l’analyser et de déclencher au besoin un mécanisme inné, ancré dans nos gènes : la survie.
Si cette glande s’active, sous l’effet d’une peur ou d’un stress extrême, le système nerveux prépare le corps à faire face à un danger par le combat, la fuite ou le figement.
Non loin d’elle se trouve une autre maîtresse du fonctionnement cérébral : l’hippocampe. Située à l’intérieur des lobes temporaux, elle gère la mémoire et porte la responsabilité de nos comportements. Elle conditionne nos réactions en fonction du vécu, des apprentissages et de l’état émotionnel.
Lorsque l’amygdale déclenche un état de sidération, ce qui est le cas lors d’un traumatisme, la régulation de la mémoire met l’information du choc et toutes les émotions qu’il engendre de côté. Avec cet instinct de protection primaire, le cerveau disjoncte pour endormir la réponse émotionnelle.
Il provoque une dissociation traumatique notamment afin d’éviter une production massive de cortisol et d’adrénaline susceptible d’entraîner un arrêt cardiaque ou des atteintes neurologiques.
L’expérience n’est pas traitée comme souvenir par l’hippocampe, elle reste brute ou fractionnée.
Néanmoins, ce mécanisme protège efficacement la personne sur l’instant, mais la charge émotionnelle reste active et susceptible de refaire surface à tout moment.
La prévalence de l’amnésie traumatique est difficile à évaluer, mais elle pourrait toucher jusqu’à 7 % de la population !
Comment l’identifier ?
Ses symptômes déclenchent une détresse psychique et physique importante.
Si la personne se rappelle partiellement des faits, l’incapacité à se souvenir de tout et la perte de repère induite génèrent de l’incompréhension, de la souffrance.
En cas d’absence totale de souvenir, c’est le plus souvent le corps qui parle.
Il se manifeste par :
- des cauchemars, des réveils nocturnes intempestifs,
- une fatigue persistante, des douleurs chroniques,
- une hypervigilance,
- des troubles de l’attention et de la concentration,
- une sensation de confusion,
- des peurs inexpliquées, des crises d’angoisse, des phobies,
- des comportements alimentaires compulsifs,
- un manque d’estime et de confiance en soi,
- une conduite à risque, des addictions,
- un syndrome dépressif…
Ces signes sont incompris, car ils semblent sans cause, sans explication. Ils sont l’expression du mal-être intérieur, une stratégie de l’inconscient et des systèmes nerveux et émotionnels pour appeler au secours.
Quand le souvenir refait surface
De nombreuses personnes prennent conscience que quelque chose ne va pas lorsqu’elles commencent à vivre des flash-backs, comme en cas de stress post-traumatique. Ils évoquent un lieu, une odeur, une voix ou une musique qui les plongent dans l’angoisse, ils revivent les bribes d’un événement sans savoir si les faits sont vrais ou pas.
La mémoire distille ainsi un retour du souvenir petit à petit pour protéger la personne.
En effet, lorsque la mémoire revient d’un coup, il n’est pas rare que la charge émotionnelle soit au même niveau qu’à l’instant de la commission des faits, même 20 ans avant ! Le stress est tel qu’il peut même exiger une prise en charge d’urgence, car le niveau des hormones est maximal et dangereux.
Le point commun entre toutes ces victimes est leur profond désarroi. Elles sont généralement bouleversées par ce souvenir resté si longtemps inactif.
Toutefois, aussi déstabilisant soit-il, il est une opportunité d’apaisement.
L’accompagnement thérapeutique au cœur de la libération
L’impact traumatique étant très fort, il est primordial de bénéficier d’une prise en charge adaptée. Elle permet de libérer les émotions bloquées, d’apaiser les symptômes, de retrouver une sécurité et un équilibre intérieur.
La thérapie permet au cerveau de faire ce qu’il a nié jusqu’alors : traiter l’événement et les émotions associées afin de pouvoir le classer dans la mémoire.
Il n’est pas oublié, il est désensibilisé, relégué au passé.
Plusieurs approches sont efficaces, parmi lesquelles l’hypnose et l’EMDR, la thérapie basée sur la stimulation bilatérale des yeux et des protocoles stricts. Qualifiée de thérapie post-traumatique, cette méthode s’appuie sur un processus naturel d’intégration neuro-émotionnelle. Elle est scientifiquement validée et préconisée par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) pour ses excellents résultats.
L’hypnose quant à elle, permet d’accéder aux ressources inconscientes et de libérer les blocages liés au traumatisme.
Il est important de rappeler ici que chaque accompagnement respecte le rythme de la personne et s’effectue dans un cadre sécurisant, bienveillant et sans jugement.
Identifier ce mécanisme de protection qu’est l’amnésie traumatique exige des connaissances et des compétences que seul un professionnel peut offrir. Une consultation s’impose en cas de reviviscences traumatiques ou de toute situation mal vécue ou inexpliquée. Le choc traumatique n’est pas une fatalité et ne doit pas conditionner une vie de souffrances. Prendre rendez-vous est le premier pas sur le chemin de la résilience et du retour à la sérénité, n’hésitez pas à le faire.