Blessures émotionnelles de l’enfance : les reconnaître, les apaiser

Il suffit parfois d’un mot, d’une situation pour que les émotions s’emballent et submergent le corps et l’esprit. Cette réaction est-elle pour autant à mettre sur le compte d’un excès de sensibilité ou de fragilité ? Par incompréhension ou par méconnaissance des schémas inconscients, c’est souvent le raccourci qui en est fait. Cependant, la vérité est tout autre : ces débordements sont, pour la plupart, des échos de l’enfance, des blessures émotionnelles invisibles mais bien présentes. Ces plaies de l’âme trahissent des manques ou des défaillances dans les besoins fondamentaux des débuts de la vie, tel un défaut de sécurité ou un abandon. Elles blessent l’enfant intérieur, cette part sensible de l’être qui, à travers ses circuits de fonctionnement, régit ensuite les comportements de l’adulte. Cette empreinte, si elle est durable, n’est néanmoins pas une fatalité. Je vous propose aujourd’hui de reconnaître et comprendre ces failles précoces pour vous apaiser et vous réconcilier avec vous-même. 

L’enfance, siège des blessures émotionnelles 

Dans les premières années de sa vie, l’enfant dépend entièrement des adultes de son entourage pour combler ses besoins. On parle de sa figure d’attachement, souvent sa maman, mais le papa, les proches ou les parents de substitution jouent un rôle crucial. Car ce petit être a besoin de bien plus que d’être nourri ou changé ! 

Pour grandir dans les meilleures conditions, il a aussi besoin d’être compris et aimé inconditionnellement, pour ce qu’il est, non pour ce qu’il réussit. Ce postulat est le fondement de son estime et de sa confiance

Il doit également se sentir en sécurité, physiquement et intérieurement. 

Cette sécurité affective dépend d’une présence stable et rassurante, condition sine qua non pour qu’il apprenne à gérer ses émotions et ses réactions. 

La validation de celles-ci et leur reconnaissance le conforte dans sa valeur. Il peut être lui-même, unique dans sa personnalité et ses aspirations. 

Avant 7 ans, le cerveau d’un bambin n’est pas mature. Il n’a ni les compétences ni le recul nécessaire pour analyser ses émotions et ce qu’il vit. Dès lors, toute situation insécurisante répétée peut laisser des traces, car il n’a aucun moyen de comprendre ou de verbaliser son inconfort et son incompréhension. 

L’émotion associée à la situation reste alors gravée dans sa mémoire inconsciente tel un programme informatique. 

Ces émotions bloquées sont toujours désagréables. Il s’agit de la colère, la peur, la surprise, le dégoût, la culpabilité, la tristesse, la honte… Elles sont la résultante de difficultés familiales (divorce ou relations conflictuelles entre les parents), sociales (pauvreté, isolement) ou en lien avec une maladie, du harcèlement, des violences physiques, sexuelles ou psychologiques

À l’âge adulte, elles s’expriment à des degrés divers, de l’ordre du malaise jusqu’au traumatisme et ont une incidence sur le rapport à soi et aux autres. 

Il est important de préciser que ces blessures sont courantes et ne sont pas l’apanage des familles dysfonctionnelles ou maltraitantes. 

On peut garder des séquelles de son enfance, même avec des parents formidables et bienveillants. Ainsi, tout faire à la place de son enfant peut l’amener à croire qu’il est indigne de confiance… 

Les 5 blessures de l’âme

C’est Lise Bourbeau, qui, la première, a mis en évidence les 5 blessures émotionnelles de l’enfance. Profondément ancrées, ces mémoires affectives non résolues sont à l’origine d’une large palette de maux. Elles peuvent s’activer à différents moments de la vie, elles peuvent même coexister.

La blessure de rejet 

Se sentir non désiré, exclu, ignoré : le rejet peut être la conséquence d’une grossesse non désirée (naissance sous X, viol…), d’origines sociales, ethniques ou bien encore d’un handicap. 

Elle entraîne un sentiment d’illégitimité, la personne refuse de s’accorder de la valeur ou le droit d’être aimée. 

Destructrice, elle se manifeste par de la solitude, des stratégies d’évitement, de la mésestime et une faible confiance en soi

La blessure d’abandon

Caractérisée par une carence affective ou une réelle absence physique, elle touche les enfants privés de l’un ou des deux parents ou ceux issus de foyers sans communication ni attention. Ce vide affectif provoque un besoin d’être rassuré et bien souvent, il est à l’origine de la dépendance affective, des relations toxiques, d’addictions ou bien encore d’une tendance à la victimisation

La personne a peur d’être seule, de décevoir et d’être quittée. 

La blessure d’humiliation

Rabaissée, ridiculisée, la personne qui en souffre se sent indigne de tout, coupable, inférieure

Cette blessure est la conséquence d’humiliations ou de violences corporelles. Cela provoque une culpabilité ou une honte permanente. Les principaux symptômes sont la dévalorisation, le manque d’estime et de confiance, le déni ou le dégoût de soi, les troubles alimentaires et parfois, la recherche de plaisir dans la souffrance.

La blessure de trahison

Promesses non tenues, mensonges, la perte de confiance engendre la souffrance, la peur, la tristesse… L’enfant a été trahi par un parent, a vécu des situations parentales conflictuelles, une séparation ou a subi des abus physiques ou psychiques. La terreur de l’enfant se mue en stress persistant, en anxiété et en incapacité à faire confiance aux autres. Cela se traduit par un hyper-contrôle, un besoin de domination ou une grande intolérance.

La blessure d’injustice

Environnement rigide, tyrannique où il est impossible de s’exprimer, l’injustice naît de l’autorité des parents, de leur insensibilité, de leur mépris ou d’un manque de reconnaissance

Dans son for intérieur, la personne est en colère, intransigeante, se sent indigne d’amour ou d’attention, incapable de poser ses limites et de se reconnaître de la valeur. Elle est perpétuellement insatisfaite et ne s’apprécie pas. 

Certains adjoignent deux autres blessures à cette liste : 

  • la non-reconnaissance, où les goûts et les envies de l’enfant sont niés. De fait, il devient un adulte qui passe à côté de sa vie, n’écoutant jamais ses besoins et ne sachant pas dire non. 
  • la maltraitance qui laisse des traces profondes affectant la sphère intime. La violence, qu’elle soit psychologique, physique ou sexuelle imprègne la vie d’un sentiment d’insécurité, avec à la clé des relations malsaines, des addictions, une tendance à la dépression voire des pensées suicidaires. 

Retenez que ce ne sont pas les faits qui marquent, mais le manque de sécurité émotionnelle et les besoins non satisfaits. Les mécanismes de défense inconscients mis en place affectent les relations intimes, personnelles et sociales. Toutefois, ces blessures ne définissent pas la personne : elles sont des clés pour se comprendre.

Reconnaître ses blessures personnelles

Elles s’expriment communément par des réactions fortes face à des stimuli précis. Une remarque, un silence ou un conflit peuvent prendre une tournure disproportionnée et le plus souvent elles soulignent des schémas relationnels répétitifs

C’est ainsi que certaines personnes semblent abonnées aux relations insécurisantes. Elles manifestent la peur d’être quittées (enfant peu sécurisé), un besoin constant de reconnaissance (enfant non valorisé) ou sont dans l’incapacité de s’affirmer (enfant suradapté). Chacune de ces situations est un écho de l’enfance. 

Cela peut aussi se traduire par des mots qui trahissent un déséquilibre, comme “je me sens de trop” ou au contraire “je ne suis pas assez…”, sans qu’aucun fondement ne semble justifier ces remarques. 

Par ailleurs, le corps parle ! Nombre de maux psychosomatiques peuvent alerter sur des difficultés émotionnelles : 

  • estime faible,
  • tensions et stress chroniques,
  • fatigue psychique, hypervigilance, 
  • troubles du sommeil, alimentaires ou du comportement, 
  • susceptibilité, agressivité, insatisfaction, 
  • doutes, peurs, 
  • auto-sabotage, ruminations, 
  • isolement social…

Savoir identifier ces signes permet de porter un regard plus conscient sur son mode de fonctionnement. C’est le premier pas vers l’apaisement. 

Apaiser l’enfant intérieur pour soulager l’adulte

Il ne s’agit pas d’oublier le passé, mais d’apprendre à s’offrir la sécurité, l’écoute et la bienveillance dont on a manqué. 

Il convient en premier lieu d’apprendre à gérer ses émotions : identifier, accueillir, comprendre le besoin sous-jacent et à le verbaliser. Se rendre compte que tout ce que l’on ressent est légitime permet déjà d’apaiser le système nerveux

Un travail sur l’estime, la confiance et l’affirmation de soi peut être nécessaire, tout comme le recours à une aide thérapeutique si l’enfance a été le berceau de fracas important. 

Dans un cadre sécurisant, le praticien peut recourir à l’EMDR s’il y a des traumatismes ou à l’hypnose pour mobiliser des ressources internes

Ces outils thérapeutiques permettent de restaurer la sécurité et d’évoluer vers une maturité émotionnelle, synonyme de paix et de stabilité. 

Chaque histoire porte des blessures, mais elles ne sont ni une faiblesse ni une fin en soi. Le cerveau a fait de son mieux pour s’adapter et se protéger avec des mécanismes inadaptés à l’adulte, mais qui étaient justes quand petits, nous n’avions pas les mots pour se dire. Le chemin de la résilience peut être long, mais il en vaut la peine ! Lui seul garantit un avenir serein et aligné à la personne que vous êtes.