Culpabilité après un choc émotionnel : un mécanisme normal
Il y a des propos que l’on entend fréquemment dans la prise en charge du traumatisme, comme “C’est de ma faute”, “Je n’aurais jamais dû faire ça”, “Si j’avais su”… Avec ces mots, dits du bout des lèvres, les victimes verbalisent une émotion difficile : la culpabilité. Insidieuse, celle-ci déclenche un ensemble de comportements biaisés, une anxiété permanente et bien sûr, une dévalorisation de soi. Pourtant, le sentiment d’être responsable de ce qui s’est passé est un mécanisme de protection, maladroit mais néanmoins utile, mis en place par le cerveau. Voici les clés de compréhension de ce processus méconnu et surtout, la marche à suivre pour s’apaiser après un événement tragique.
Quand le cerveau n’intègre pas l’épreuve
Un traumatisme est un événement qui bouleverse la vie : il y a un avant et un après. Ce peut être la perte d’un proche, une agression, un viol, une guerre, un attentat, un accident, une maladie, un tremblement de terre…
Cette expérience douloureuse perturbe souvent les capacités que nous avons de faire face à la réalité. D’ailleurs, dans certains cas, comprendre et intégrer ce qui se passe est tout simplement impossible.
Cela ne relève cependant en rien d’un bug : le cerveau humain est programmé pour assurer notre protection, et par là même, notre survie. Ce qui est perçu comme un danger déclenche automatiquement un comportement de fuite, de combat… ou de sidération. Cet état où tout semble figé, irréel, est à l’origine des auto-accusations dont témoignent les personnes en souffrance : “Pourquoi je n’ai rien dit”, “J’aurais dû agir”…
Ce qu’elles n’étaient cependant pas en mesure de faire au moment du drame. Car on ne le dit pas assez, ce phénomène biologique de protection ne traduit jamais un manque de courage, mais un instant où l’instinct avait pris le pas sur la raison.
Cerveau : pourquoi la culpabilité lui est utile
Après un choc émotionnel, il y a une partie de nous qui cherche à comprendre le pourquoi de l’événement. Le cerveau éprouve le besoin de lui donner du sens, une justification, car les doutes, les injustices, la violence ou le chaos sont extrêmement difficiles à accepter. Or, bien souvent, la seule explication possible à cette quête est… qu’il n’y en a pas !
La seule cause admissible est alors nous-même.
Se dire que l’on est responsable est douloureux, mais penser qu’on aurait pu l’éviter donne un sentiment de contrôle. Le cerveau a besoin de croire qu’à l’avenir il pourra empêcher que cela se reproduise.
Cette idée, bien qu’illusoire, le rassure, car il lui est impossible d’imaginer être victime à nouveau.
La culpabilité permet donc de supporter, de gérer, l’imprévisibilité de la vie. Elle permet d’entrevoir le monde sous un angle moins menaçant.
On la retrouve notamment chez les personnes qui ont vécu :
- une blessure physique grave,
- des relations toxiques,
- des violences, qu’elles soient familiales, conjugales ou autres,
- des abus sexuels…
La culpabilité comme parcours de vie
Le traumatisme peut ne pas être la seule cause de cette émotion difficile à porter. La culpabilité est pour certaines personnes le fruit d’une blessure de l’enfance.
Ainsi, un enfant malmené peut se croire responsable de ce qui se passe autour de lui. Comme il n’a pas la compréhension de ce qui lui arrive, il crée des raccourcis, des croyances profondes et limitantes telles que : “Je ne suis pas assez bien”, “Je dois faire attention à tout”, “Je ne mérite pas”, “C’est à moi de réparer”…
Ces schémas deviennent des filtres à travers lesquels il analyse ce qu’il vit. Un traumatisme à l’âge adulte peut réactiver et amplifier une culpabilité ancienne.
Le piège de se sentir coupable
Loin de sa “fonction protectrice”, la culpabilité est avant tout une prison.
Elle pousse la personne à supporter un poids qui ne lui appartient pas, qui ne la définit pas.
Lorsque le jugement et l’autocritique font partie du quotidien, divers troubles apparaissent :
- faible estime de soi,
- honte, isolement,
- ruminations,
- angoisse,
- évitement de certaines situations, phobies…
Rester dans cet état de tension interne n’autorise pas un processus de guérison. La personne doit intégrer et reconnaître qu’elle est victime pour aller mieux.
Or, ce statut n’est pas facile à accepter : il implique d’accepter qu’un traumatisme similaire peut à nouveau et sans raison valable, frapper. Et cette réalité, nul ne veut l’entendre.
Par ailleurs, l’écoute, la compassion et l’empathie de l’entourage ne sont pas automatiques ! Les remarques telles que : “Que faisais-tu là ?” “Comment étais-tu habillé(e) ?” sont toujours d’actualité et font beaucoup de mal.
Dès lors, se libérer de la culpabilité est perçu comme un risque d’être la cible de ce type de réflexion.
Pour avancer et s’apaiser, il est fondamental de poser un regard différent sur l’histoire, de caractériser responsabilité et culpabilité, de reconnaître ce qui nous appartient de ce qui n’est pas à nous.
Se libérer du poids de l’émotion
S’affranchir de la culpabilité ne se résume pas à se dire que ce n’est pas notre faute, c’est un vrai cheminement par étape.
La première est d’apaiser le système nerveux et de revenir à la sécurité intérieure. Cet ancrage est essentiel pour la suite : savoir accueillir toutes ses émotions, car la culpabilité est souvent mâtinée de colère, de peur, de tristesse…
En matière de traumatisme et de stress post-traumatique, il est capital d’être accompagné par un professionnel de la santé mentale.
Celui-ci vous guide avec des exercices de respiration, de détente corporelle, mais aussi avec des outils thérapeutiques.
L’hypnose permet de revisiter en douceur des expériences difficiles et de mobiliser des ressources personnelles pour transformer le souvenir.
L’EMDR aide le cerveau à retraiter le souvenir traumatique pour abaisser la charge émotionnelle.
Le praticien peut également disposer d’autres approches comme la programmation neuro-linguistique pour modifier les croyances, dont celle d’être responsable ou bien encore les Fleurs de Bach pour canaliser subtilement et naturellement un état d’esprit agité ou anxieux…
La stratégie thérapeutique est construite avec vous, selon votre rythme, votre personnalité, car il n’y a pas qu’une seule approche.
L’important est de vous sentir en confiance et écouté dans un cadre bienveillant, exempt de jugement.
Progressivement, vous comprendrez que vous avez agi avec les moyens qui étaient les vôtres à ce moment-là.
Se libérer du passé ne consiste pas à oublier, mais à changer la relation que vous avez avec lui pour ne plus le subir. Une mauvaise expérience ne définit pas qui vous êtes aujourd’hui et ne doit plus conditionner qui vous serez demain. La culpabilité ne doit pas vous enfermer : un accompagnement sur mesure vous permet de retrouver progressivement votre essence et votre sérénité. Ne portez pas seul ce fardeau, prenez rendez-vous !